Notre propos est […] de mettre en valeur la distinction entre la foi et la religion, et ensuite de prendre position sur le rapport entre foi et politique et de distinguer entre la charité et la vérité.

De Maurice Blondel à Patrick Buisson : le christianisme, une foi ou une religion ?

La publication du dernier livre de Patrick Buisson : La fin d’un monde (aux éditions Albin Michel) me donne l’occasion de rappeler que Maurice Blondel, philosophe catholique, auteur de L’action en 1893, avait écrit à l’occasion des Semaines sociales de Bordeaux en 1910, un long texte (voir : Une alliance contre nature : catholicisme et intégrisme, éditions Lessius, 2000). Maurice Blondel dénonçait l’intégrisme de catholiques se référant à Maurras. Or Patrick Buisson regrette que Vatican II ait abandonné le catholicisme comme culture politique, celle sur laquelle s’appuyait L’Action française. Notre propos est de montrer que cette querelle recouvre deux conceptions du christianisme. Il s’agit de mettre en valeur la distinction entre la foi et la religion, et ensuite de prendre position sur le rapport entre foi et politique et de distinguer entre la charité et la vérité.

I : Maurice Blondel et l’Action française

Blondel reproche aux catholiques qui sont disciples de Charles Maurras de trahir la foi chrétienne en se ralliant au primat du politique que prône le fondateur de l’Action française. Ces catholiques s’attaquent aux chrétiens sociaux dont le leader est Marc Sangnier, fondateur du Sillon. Ils considèrent que la foi n’a pas à régir l’action politique qui est totalement autonome. Ils dénoncent les méfaits de l’idéologie démocratique qui sape les fondement de la société. Blondel pense au contraire que la politique doit être soumise à l’inspiration chrétienne qui est favorable à la démocratie au nom de la fraternité et de l’égalité entre les hommes.

II : Patrick Buisson ou la fin d’un monde

Dans le long ouvrage qu’il publie sous ce titre, il consacre plus de 250 pages à l’évolution du catholicisme depuis le concile Vatican II. Le texte est une longue déploration de tous les méfaits engendrés par le concile, selon lui : désaffection à l’égard de la pratique religieuse des catholiques, mépris à l’égard du catholicisme populaire (dont les défenseurs était Pannet et Bonnet dans les années 70 ). Sans pouvoir détailler davantage, disons que le but de P. Buisson est clair : L’Église catholique doit être la garante par son encadrement social d’un conservatisme politique. On retrouve évidemment la querelle du début du XXème siècle, ce qui pose en théologie, la question essentielle : le christianisme est-il une foi ou une religion ?

III : Le débat théologique

Sous l’influence des théologiens protestants que furent Karl Barth et Dietrich Bonhoeffer , la théologie catholique a été conduite à distinguer la foi de la religion. Alors que le religion est la tentative des hommes pour domestiquer la divinité par des rites, la foi est l’accueil par l’homme de la parole de Dieu qui se révèle définitivement en Jésus-Christ. On peut donc dire que le sacré n’existe pas dans le christianisme qui connaît au contraire la sainteté. Rien n‘est sacré car le chrétien est appelé à vivre sa liberté en fidélité au Christ dans le monde où il est. Il en résulte que l’Église n’est pas chargée de conforter les structures hiérarchiques d’une société, d’où le mot du cardinal Marty en 1968 : « Dieu n’est pas conservateur » !

IV : Vérité et charité

Sous ces vocables, je pense qu’il est nécessaire de prolonger le débat sur le statut du politique. Blondel n’a pas accordé, selon nous, une attention suffisante au fait que le politique a une consistance en lui-même, consistance sur laquelle insistait Thomas d’Aquin. Blondel est au contraire dans la ligne de Saint Augustin, pour qui le surnaturel s’impose au naturel. En d’autres termes on peut estimer que Blondel a court-circuité les médiations: la charité en politique doit passer par les moyens du politique. À titre d’exemple, la charité qui pousse à accueillir les migrants doit prendre en compte la volonté de la population du pays d’accueil qui est seule habilitée à décider au titre de la citoyenneté qu’elle incarne. La part de vérité de Patrick Buisson se tient là, dans la volonté de ne pas tout résoudre par un discours sur l’amour qui ferait fi du réel. La charité a besoin de la vérité. Hegel nous enseigne que « Seul est vrai ce qui est effectif ».

Jacques Rollet

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