« Brève apologie pour un moment catholique » de Jean-Luc Marion

Sous le titre quelque peu insolite Brève apologie pour un moment catholique (Grasset, 2017), Jean-Luc Marion, membre de l’Académie française et philosophe bien connu pour ses études sur Descartes et sur la phénoménologie, nous livre ses réflexions sur la situation du catholicisme en France et nous propose son apport.

La démarche est courageuse dans la mesure où le catholicisme est décrié ou ridiculisé dans la société française. On y vante le nombre élevé des personnes se déclarant sans religion, et toute prise de position des évêques sur les questions de société (avortement, mariage homosexuel) est considérée a priori comme réactionnaire. Il est significatif que les hommages rendus à Simone Veil oublient de rappeler que dans son exposé des motifs de la loi en 1975, elle considérait que la dépénalisation de l’avortement se justifiait pour les situations de détresse. Elle prévoyait un délai de réflexion et un entretien préalable, deux données qui ont été supprimées. On mesure à l’aune de ces événements à quel point règne une hystérie anticatholique. Elle se fonde sur une apologie du désir individuel. C’est ainsi qu’on entend dire ces jours-ci qu’il y a un droit à l’avortement et qu’il  s’agit d’un droit fondamental. Or c’est faux. L’avortement ne fait pas partie des droits fondamentaux. La loi Veil a institué la dépénalisation et non un « droit à ».

Cette digression met en valeur le courage de Marion. On lui doit dans ce livre une des meilleures présentations de la loi de 1905. Il fait remarquer à juste titre qu’il n’y est pas question de laïcité mais de séparation. Le développement le plus intéressant de l’ouvrage porte sur ce point. Marion montre excellemment que c’est le christianisme qui a institué la distinction/séparation entre le religieux et le politique. Le meilleur de ce qu’on appelle la laïcité vient du donné chrétien  et non des laïcards de la IIIème République !

Marion qui connait bien la littérature chrétienne des premiers siècles s’appuie sur les Pères et particulièrement sur l’Épitre à Diognète, selon laquelle les chrétiens sont dans le monde pour témoigner d’une manière originale d’être au monde.

Le catholicisme est porteur d’une culture, d’une morale qui donne sens à la vie en société. Il peut sauver notre monde comme le disait déjà Tocqueville dans De la démocratie en Amérique, à condition que le clergé ne se mêle pas de politique.

Pour autant Marion manque la médiation philosophique et sociologique quand il nous dit que La Trinité est un modèle pour la mise en œuvre du bien commun dans la société. Comme d’autres membres de la revue Communio il fait preuve d’un immédiatisme qui se refuse à l’analyse politique et sociologique. C’est la seule insuffisance qu’on peut relever à propos de cet excellent manifeste.

Jacques Rollet

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