Voici venu le totalitarisme (doux) ?

« Il est nécessaire d’élucider ce paradoxe : le relativisme provoque un dogmatisme aussi fort qu’il est contradictoire. »

Nous vivons en France une situation étrange dans laquelle anathèmes et rejets se multiplient, alors même que s’est installée une conviction devenant commune selon laquelle « tout se vaut ». Chacun a ses valeurs et l’idée qu’il y aurait des valeurs universelles s’estompe sous l’avalanche d’affirmations contraires. Il est nécessaire d’élucider ce paradoxe : le relativisme provoque un dogmatisme aussi fort qu’il est contradictoire. En effet si tout se vaut, pourquoi donner une valeur absolue à ses prises de position ? La vérité réside sans doute dans le fait que le relativiste se contredit déjà lors de sa première affirmation : il donne une valeur absolue à son propos selon lequel tout se vaut !

Mais il nous faut aller plus loin et tenter d’élucider ce phénomène étrange. Nous émettons l’idée que le triomphe de l’individualisme dans notre société est la raison principale d’un relativisme intolérant qui a ses racines dans ce que Tocqueville appelait « l’état social » régnant dans les démocraties, état fondé sur l’égalité des conditions (voir notre ouvrage Tocqueville, Montchrestien, 1998). Tocqueville dans De la démocratie en Amérique a mis en lumière deux données essentielles pour la sociologie : le primat de l’individu et l’égalité démocratique. Il nous dit que l’individualisme est un sentiment paisible qui pousse chacun à se retirer de la société pour vivre avec ses amis qui pensent comme lui. Il le distingue de l’égoïsme, car il s’agit d’un phénomène nouveau lié à l’état social provoqué par la démocratie. La seconde donnée est celle de l’égalité des conditions. Elle provoque le relativisme. Tocqueville présente ainsi le phénomène : puisque nous sommes égaux, ce que je pense vaut bien ce que vous pensez.

Au nom de l’égalité statutaire, on égalise toutes les affirmations et cela donne le relativisme qui est une pente possible en démocratie. On peut en repérer quatre conséquences :

1) L’individualisme devient paradoxalement un phénomène « holiste » pour reprendre une expression de Louis Dumont. Il désignait ainsi les sociétés où le groupe seul existe et impose sa loi à l’individu. Aujourd’hui le poids de l’individu est tel qu’il impose de façon holiste sa norme à l’ensemble de la société !

2) La deuxième conséquence réside dans le fait que l’indépendance des individus se vit grâce à Internet, de façon connectée : l’individualisme est masqué par la connexion permanente, qui est une manière quelque peu désespérée d’échapper à l’isolement et à l’absence d’orientations qui donnent sens à l’existence.

3) On voit se constituer des tribus, faites de ceux qui affirment la même chose. La volonté est d’avoir un espace qui échappe à toute interrogation. Cela se vérifie dans les démarches anticolonialistes et anti esclavagistes : il ne faut pas dire que l’esclavage en Afrique a été le fait des Africains eux-mêmes et des Turcs comme l’a montré Olivier Petré-Grenouillot dans Les traites négrières. Il a été antérieur et supérieur à celui des Occidentaux .

4) Il en résulte comme on vient de l’indiquer, une chasse aux sorcières contre ceux qui soulèvent les questions gênantes. L’auteur qu’on vient de nommer a été inquiété dans sa propre université où on lui a indiqué qu’il devait faire profil bas !

Ce relativisme individualiste a des retombées importantes : en matière éthique, il affirme qu’il n’y a pas de valeurs universelles, affirmation qui a des conséquences inattendues : on nous dit que les races n’existent pas et qu’il faut retirer le terme de la Constitution de la Vème République, mais on parle de race sans arrêt. On nous dit qu’il faut défendre la cause des femmes, mais on proclame que le fait d’être homme ou femme est un choix personnel qui ne doit rien à la biologie ! On nous parle sans cesse de la préservation de la nature végétale et animale mais pas de la préservation de la nature humaine : le mariage est hétérosexuel ou homosexuel. On peut programmer un enfant sans père. Où est la préservation de l’humanité ?

Il y a une constante dans tous ces phénomènes : une volonté de changer l’humanité, volonté qu’Hannah Arendt mettait au cœur de sa définition du totalitarisme. Cela devrait nous alerter d’autant plus que la violence croît dans notre société et qu’elle n’est pas sans lien avec les phénomènes que nous venons de décrire.

Jacques Rollet

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