Pourquoi il faut relire Raymond Aron

C’est la conclusion à laquelle je parviens après avoir recensé le contenu des débats concernant l’état de la sociologie en France. Les derniers éléments viennent d’être fournis par le journal Le Monde du 24 novembre, qui fait état du dossier publié par la revue Le Débat (dont le rédacteur en chef est Marcel Gauchet). Le problème auquel est confronté la sociologie en France peut se résumer ainsi : l’école bourdieusienne tient que les membres des classes dominées ne font que traduire dans leurs comportements l’habitus qui fait qu’ils sont des dominés. Il s’ensuit logiquement qu’ils ne sont pas libres d’agir comme ils le font. Il y a un déterminisme à l’œuvre, et l’idéologie n’a rien à voir avec leur comportement. Concluons ainsi la logique bourdieusienne : les jeunes des banlieues quand ils sont terroristes ne sont pas responsables de leurs actes. Ils sont déterminés et l’idéologie islamiste n’a aucun rôle dans cette affaire.

Revenons à présent à Raymond Aron. Il expliquait de façon très claire dans sa thèse de philosophie en 1938 (publiée sous le titre « Introduction à la philosophie de l’histoire ») que le déterminisme consistait dans le fait que quand on a le phénomène A, il s’ensuit toujours le phénomène B. Transposons le dispositif : cela revient à dire que quand on est pauvre, on est nécessairement délinquant, ou que quand on est musulman en banlieue, on est islamiste pour des raisons de misère sociale. La réalité dément très simplement la logique bourdieusienne : 99% des pauvres ne sont pas délinquants et les islamistes terroristes sont heureusement peu nombreux dans les banlieues pauvres de notre pays. Je disais d’ailleurs à mes étudiants en sociologie – dont la majorité se situait à Gauche – que s’ils voulaient vraiment aider la classe ouvrière, ils feraient mieux de lire Jacques Rancière. Ce dernier a dénoncé fortement la démarche de Bourdieu en faisant remarquer finement que l’habitus des ouvriers, selon Bourdieu, condamnait la classe ouvrière à ne jamais se révolter ni protester puisqu’elle était conditionnée par l’habitus du dominé. Le vrai marxiste dans ce cas est Rancière et non Bourdieu…

Il faut de toute urgence que les sociologues disciples de Bourdieu pour des raisons idéologiques, travaillent sérieusement sur ce qu’est l’idéologie. Hannah Arendt disait que c’est «  la logique d’une idée ». Cette clé très simple permet de comprendre que certains « intellectuels » ayant remplacé le prolétaire par le musulman voient en ce dernier nécessairement un dominé qu’il faut justifier quoi qu’il fasse.

Chacun comprend que nous sommes alors en présence d’un égarement dû précisément à l’idéologie. Il faut simplement revenir au sens commun tels que l’entendaient Arendt, Kant, Orwell, Léo Strauss … Je vous souhaite de bonnes lectures !

Jacques Rollet

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