Deux ouvrages reviennent dans l’actualité en ces temps troublés : Le dernier homme et la fin de l’histoire de Francis Fukuyama, paru en 1992 en France, et Le choc des civilisations de Samuel Huntington paru en 1993 en France. Ils ont été tous deux critiqués, et leurs diagnostics sur l’état actuel et futur du monde ont souvent été considérés comme erronés. La réalité est plus complexe et il vaut la peine d’aller aux textes.
Commençons par Huntington. Il distingue huit civilisations : occidentale, latino-américaine, musulmane, chinoise, hindoue, slavo-orthodoxe, bouddhiste, africaine. La civilisation occidentale se caractérise par la séparation entre la sphère spirituelle et la sphère temporelle, la primauté de la loi, une structure sociale pluraliste et le concept des droits de l’individu. Il prédit un affrontement entre la civilisation occidentale et la civilisation musulmane, ce à quoi nous assistons depuis une trentaine d’années, d’où le retour de son œuvre dans l’actualité. On entend à l’opposé, une condamnation apitoyée de l’œuvre de Fukuyama, ce qui témoigne d’un manque de connaissance de cet auteur.
Il nous disait dans son livre – inspiré par la pensée de Hegel et de Kojève -, que la démocratie basée sur l’État de droit et l’économie de marché était en train de s’imposer. La chute de l’Union soviétique confirmait son analyse. Il précisait qu’il y aurait des oppositions fortes à cet état de fait, mais que la démocratie triompherait culturellement et que les réactions violentes viendraient de cultures non démocratiques, cultures qui s’opposeraient d’autant plus qu’elles seraient conscientes de leur nécessaire évolution. Il ne disait pas que la culture occidentale était exempte de toutes tensions. Le portrait qu’il traçait du « dernier homme » au sens de Nietzsche, n’était pas flatteur. Le triomphe de l’individualisme et de la platitude des valeurs caractérisait pour lui la situation de l’Occident. Il craignait la montée du populisme et dénonçait les limites du libéralisme dans son dernier livre traduit en français : Le libéralisme, vents contraires. Ces quelques remarques n’ont pas d’autre but que de nous inviter à lire de près ces deux ouvrages, parmi les plus importants de la science politique américaine.
Jacques Rollet, théologien et politologue.