L’anomie en France, ou Les méfaits du relativisme

Chaque jour en France surviennent des événements graves: meurtres, agressions sexuelles, harcèlement scolaire, féminicides, etc. On assiste à des phénomènes d’indignation ou de relativisation. On voit se déployer des rangées de fleurs agrémentées de bougies. On programme une « marche blanche »  et … la vie continue jusqu’au drame suivant. Il serait peut-être temps de réfléchir sur cette accumulation de violence. Les incantations sur la démocratie et sur la république s’y opposent ; eh bien, allons au-delà de ces censures !

Il semble bien que la situation corresponde à ce que Durkheim appelait « l’anomie » dans son livre De la division du travail social ; il indiquait que lorsqu’une société perd sa capacité à réguler la vie et les orientations des individus, on aboutit à la perte d’adhésion des personnes à ce qui est attendu d’elles par la société. Il semble bien que nous soyons actuellement dans cette situation en France. Et si nous voulons dépasser le fatalisme, la résignation et le déni, il faut nommer les racines du mal. Elles ont pour nom relativisme.

Nous entendons par relativisme l’affirmation selon laquelle il n’y a pas d’accès possible à la vérité dans les sociétés démocratiques. Tocqueville indiquait dans De la démocratie en Amérique que l’état social démocratique conduisait au relativisme. On peut résumer son propos, fondé sur le primat de l’égalité, de la façon suivante : « Puisque nous sommes égaux, ce que je pense vaut bien ce que vous pensez » ! L’individualisme qu’il a excellemment analysé renforce ce phénomène. On passe de l’égalité statutaire à la conclusion indue qu’il y a égalité des pensées.  Conséquemment c’est l’accès à la vérité qui est rendu impossible. Notons tout de même que les relativistes se contredisent sans même s’en rendre compte. L’affirmation selon laquelle tout se vaut a une valeur absolue à leurs yeux !

À partir de là tout devient possible ; le désir de chacun tient lieu de validité et de vérité et personne ne doit s’y opposer. Le problème commence très tôt en vérité dans la famille. Affirmer une autorité de la part des parents est mal vu, ajoutons à cela le refus de la sélection et de l’excellence à l’école, le mépris de la tradition qui portait ces valeurs honnies, le poids des réseaux dits « sociaux », et nous avons une explication assez plausible de la situation dramatique dans laquelle se trouve la société française.

Pour aller au fond de la question, il est nécessaire de passer de la sociologie à la philosophie dans sa branche anthropologique : y-a-t-il  oui ou non une définition possible de ce qu’est l’essence humaine ? Nous pensons que oui ; nous pouvons définir l’homme comme étant une intelligence et une volonté existant en condition corporelle, et cette dernière est capitale. L’être humain est homme ou femme. Il n’est pas l’un et l’autre. Un homme ne peut pas être enceint et la femme est une mère, et non un père. Il est navrant d’avoir à le rappeler ! L’avortement est légal depuis la loi Veil, cela n’en fait pas un droit, encore moins un droit fondamental. L’euthanasie est la mise à mort de quelqu’un et non un service rendu à une personne qui n’aurait plus de dignité. Inscrire l’avortement dans la constitution, c’est rétablir la peine de mort. Légaliser l’euthanasie, c’est porter atteinte au véritable respect de la personne humaine. Il n’est inutile de parler de droits de l’homme à tout propos pour en arriver à de telles aberrations.

Faire de la sociologie, c’est aller jusqu’aux questions philosophiques. Nous pensons l’avoir montré par ces quelques remarques.

Jacques Rollet, théologien et politologue.

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