On assiste depuis quelque temps à l’éclosion de tendances opposées au sein de l’Église catholique en France. Un catholicisme conservateur, qui se manifeste entre autres choses par le pèlerinage de Chartres et la pratique de la messe en latin selon le rite de Pie V. De l’autre côté, on voit se développer des critiques dures à l’égard des conservateurs, les assimilant quelquefois à l’extrême-droite ou même au nazisme. C’est ainsi que le journal La Croix a consacré quatre émissions nettement orientées vers la critique des « conservateurs ». On a même entendu dire par une animatrice de l’émission que Carl Schmitt était l’inspirateur du nazisme, ce qui est faux (Schmitt a adhéré au parti National-socialiste et s’est est rapidement distancié). À ce sujet, le livre de référence est celui de Jean-François Kervégan : Que faire de Carl Schmitt ?
Au-delà de cet exemple, ces émissions ont induit l’idée que toute politique mettant l’accent sur les problèmes de délinquance et plus encore d’immigration est une trahison du christianisme et un manque total de charité.
Dans cette prise de position illustrée par l’orientation actuelle du journal La Croix, on perçoit la tendance moderne qui consiste à donner le primat à l’individu, à ses droits absolus, primat donné à l’universel abstrait qui est une négation du politique comme tel.
La personne humaine, au sens du personnalisme de Maritain et de Mounier, est un être incarné qui vit dans une société dotée d’un pouvoir politique, d’une culture, de mœurs reçues d’une éducation. Cette position philosophique est actualisée par un penseur comme Charles Taylor, grand spécialiste de la question de la sécularisation. Il récuse totalement la neutralité axiologique théorisée par Max Weber. Cette neutralité est la donnée de base du libéralisme partagé par les catholiques de gauche, ce qui aboutit à déclarer que le mariage homosexuel est une évidence, que l’avortement dans la Constitution est une victoire de la liberté des femmes. Je me demande toujours comment on peut justifier de telles positions en bonne philosophie, et d’autant plus en bonne théologie.
Ces catholiques de gauche (qu’il me semble assez téméraire de comparer à la frange progressiste qui a porté et accompagné le concile Vatican II dans les années soixante) confondent la charité et la justice. On est appelé à vivre la charité à l’égard du proche, mais la justice exige qu’on reconnaisse une forme de primauté au politique à défendre les droits des citoyens et leurs attentes – par exemple ne matière de lutte contre la délinquance et de maîtrise de l’immigration. Tous les sondages nous disent que les Français attendent des gouvernants la plus grande fermeté. Le vote des catholiques s’oriente de plus en plus vers le Rassemblement National, ce qui devrait poser question aux « progressistes » qui sont dans le déni du politique. Il est inutile de rappeler ici la distinction entre l’éthique de conviction et l’éthique de responsabilité mais il est nécessaire de constater que les catholiques de Gauche ne l’ont pas encore comprise.
Rappelons la phrase de l’Evangile de Jean : « Celui qui fait la vérité, vient à la lumière » ou encore : « La vérité vous rendra libres ».
Jacques Rollet, théologien et politologue.
Je publie le 10 décembre prochain un livre intitulé Du bien commun: pour une véritable science du politique, chez Elya éditions. J’y explore les origines de la notion de « Bien commun » d’un point de vue théologique et politique.