Plusieurs membres de la Faculté de théologie de l’Institut catholique de Paris, dont son Recteur, ont publié une tribune parue dans le journal Le Monde du 26 mars. Elle est intitulée « Les présidents américain et russe peuvent bien brandir la Bible, ils ne sont pas des serviteurs du christianisme ». Le contenu du texte m’a abasourdi et scandalisé ; je précise que j’ai moi-même enseigné la théologie morale politique dans cette faculté. Je voudrais énoncer en huit points les raisons de mon désaccord.
1) Trump et Poutine sont mis sur le même plan. Le premier a été réélu de façon démocratique, pour le second c’est moins clair… Cet amalgame ne résiste pas à l’analyse.
2) Ils déclarent qu’il ne faut pas s’attacher seulement à la morale domestique mais également à la morale politique, ou publique. C’est tout à fait vrai, mais on aurait souhaité que les auteurs de cette tribune se prononcent au nom de la morale chrétienne sur le mariage homosexuel, sur la PMA pour femmes seules ou lesbiennes ou sur l’avortement dans la Constitution. Quand l’ont-ils fait ? Il y a là un consentement ou même une approbation des droits absolus du désir individuel. De la part de théologiens catholiques, cela pose problème.
3) Les auteurs déclarent que ces leaders politiques ne sont pas en lien avec le vrai peuple ; est-ce à dire que l’élection de Trump ne reflète pas l’opinion d’une majorité d’Américains ? C’est assez ahurissant de voir des théologiens faire de telles remarques.
4) Dans le même sens, les auteurs déclarent que ces leaders ne servent pas le bien commun ; on cherche l’analyse qui étaierait cette affirmation. Sans parler de Poutine, parlons de Trump. Une majorité d’électeurs a considéré qu’il était plus proche d’eux concernant leur avenir que l’équipe de Biden, marquée par l’idéologie woke incarnée par les « bobos » votant Démocrate. En avaient-ils le droit oui ou non ?
5) Ils ne protègent pas les plus faibles, disent encore nos auteurs. Favoriser une immigration incontrôlée, est-ce cela « protéger les plus faibles » ? N’est-ce pas plutôt aider leurs peuples d’origine à mettre en œuvre une économie efficace et non corrompue ? Je pense ici par exemple au continent africain mais on pourrait y ajouter le Venezuela et bien d’autres pays.
6) Il faudrait, lit-on encore, refuser l’idée de priorité nationale. Mais la responsabilité du responsable politique n’est-elle pas de se préoccuper d’abord de ses concitoyens ? Et le droit de vote réservé aux nationaux n’est-il pas une priorité nationale ? Et l’exception culturelle en France n’est-elle pas une priorité nationale ?
7) Il faut être inséré dans la société disent nos auteurs ; mais, précisément, pour être inséré ne faut-il pas en être membre volontairement, en acceptant la culture du pays d’accueil ?
8) Dernière remarque : les auteurs traitent de Samuel Huntington, grand politologue américain, en le qualifiant de « faucon ». Il suffit d’avoir lu Le choc des civilisations et Qui sommes-nous ? pour mesurer le niveau élevé de la réflexion de cet auteur, qui mérite mieux que ce sobriquet méprisant et infamant.
En conclusion, je conseille à ces « théologiens » de relire Max Weber. Ils y trouveront une utile distinction distinction entre l’éthique de conviction et l’éthique de responsabilité. Je précise à cette occasion que dans la grande encyclopédie « Philosophie et théologie » publiée par le Cerf, l’auteur de la notice sur Max Weber (ainsi que celle sur Jürgen Habermas) est un certain Jacques Rollet.
Jacques Rollet, théologien et politologue.