Des limites de la comparaison en histoire

Deux ouvrages ont retenu mon attention dans la mesure où leurs auteurs veulent nous amener à penser que la situation actuelle de la France serait une redite des années 1930.  Johann Chapoutot a publié au début de cette année Les irresponsables chez Gallimard. Cela fait penser à l’ouvrage de Michaël Foessel Récidive, 1938 paru en 2019 aux PUF.

Chapoutot considère que Von Papen est responsable de l’avènement de Hitler à la chancellerie de la République de Weimar avec la complicité de Hindenburg, en 1933. Foessel se livre à une présentation détaillée de la politique française en 1938, année des accords de Munich entre Hitler d’un côté et Chamberlain et Daladier de l’autre. Dans les deux ouvrages, on perçoit la volonté de dénoncer la politique actuelle de la France, en sous-entendant que l’extrême-droite est aux portes du pouvoir à cause de la complaisance du Centre. Cela n’est pas dit comme tel chez Foessel mais est explicitement affirmé chez Chapoutot à la fin de son livre.

Je considère que ces deux universitaires, historien pour Chapoutot, philosophe pour Foessel font preuve d’anachronisme, emportés qu’ils sont par une volonté militante de lutter contre le « populisme » qu’ils assimilent à l’extrême-droite sans qu’on ait une définition de ce terme. Avons-nous actuellement en France une ou des forces politiques comparables au Parti National-Socialiste de 1933 ? Je pense qu’on peut répondre négativement. On ne retrouve pas dans le populisme de Droite les traits du parti hitlérien et le Rassemblement national se veut républicain ; sa volonté de faire appel régulièrement au référendum est le signe d’une prise au sérieux de la démocratie comme pouvoir du peuple. La France Insoumise, par contre, exprime une volonté révolutionnaire et la revendique.

Il est significatif à cet égard que Chapoutot ne dise pas un mot du parti communiste allemand qui a favorisé l’accession de Hitler au pouvoir en déclarant que la social-démocratie ne valait pas mieux que le parti nazi. C’est un point sur lequel insistait Georges Lavau dans ses cours à Sciences Po. Il était spécialiste du parti communiste français.

Non seulement le rôle de l’Extrême-gauche est ignoré dans les deux livres mais le phénomène massif de l’immigration de culture musulmane en France n’est pas du tout évoqué.

Ce que Samuel Huntington appelait le « choc des civilisations » est totalement ignoré, sans doute pour ne pas donner d’armes à l’adversaire, ces deux auteurs se situant à gauche. Ils réussissent la gageure de traiter de la France de 2025 ou de 2018 comme si nous étions en 1930. Le fait culturel que constitue l’islam n’a rien à voir avec la culture judéo-chrétienne des immigrés italiens, espagnols, portugais ou polonais du XXème siècle. Le caractère « scientifique »  revendiqué actuellement par certains universitaires gagnerait à être mis en œuvre pour éviter leurs dérives militantes. Si la neutralité axiologique est un leurre, l’équité  dont se réclamait Raymond Aron est une nécessité et une vertu.

Jacques Rollet, théologien et politologue

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