Église et démocratie : une question d’actualité … et de fond

« Les projecteurs sont braqués actuellement sur l’Église catholique à cause des scandales de pédophilie. C’est l’occasion de réfléchir sur la question du pouvoir dans l’Église avec les instruments de la théologie et de la sociologie politique »

Les projecteurs sont braqués actuellement sur l’Église catholique à cause des scandales de pédophilie. C’est l’occasion de réfléchir sur la question du pouvoir dans l’Église avec les instruments de la théologie et de la sociologie politique, la question étant de savoir si l’Église peut honorer les exigences de la démocratie dans son organisation et son vécu.

Cinq points peuvent être évoqués à ce sujet :

1) Le christianisme repose sur une affirmation essentielle : celui que nous nommons « Dieu » s’est fait connaître de façon décisive et définitive en la personne de Jésus de Nazareth. Ce dernier a fait choc par la manière qu’il a eue d’impliquer Dieu dans les affaires humaines autrement que ne le faisaient les autorités juives de son temps. Cela l’a conduit à être condamné comme blasphémateur et séditieux par les grands prêtres et exécuté par les Romains.

2) L’Église catholique qui se réclame de ce Jésus reconnu comme Messie (Christ) est appelée à impliquer également Dieu dans les affaires humaines, en proclamant un message qui la met en question au moment où elle l’énonce. Elle annonce le règne de Dieu attesté par la résurrection du Christ. Elle ne s’annonce pas elle-même, et cela est capital.

3) C’est le peuple de Dieu , c’est-à-dire l’ensemble des baptisés qui est le dernier garant du message évangélique. Comme le rappelle le concile Vatican II dans sa constitution Lumen gentium (sur l’Église) au chapitre 12 : «  La collectivité des fidèles ne peut se tromper dans la foi. » C’est ce que rappelait déjà John Henry Newman quand il insistait sur le fait qu’au temps de l’hérésie arienne, c’est le peuple de Dieu qui était resté fidèle alors que plusieurs évêques étaient tombés dans l’hérésie.

4) Il en résulte que l’épiscopat, avec à sa tête le pape, doit s’appuyer sur le peuple de Dieu, qui en dernière instance garde le dépôt de la foi. Le Magistère constitué par le pape et les évêques a une norme qui s’impose à lui, norme constituée par la Parole de Dieu comme Bonne Nouvelle (Évangile).

5) Sur la base de ce rappel théologique, il est possible de faire appel à ce que nous dit Claude Lefort de la démocratie : en démocratie le pouvoir est un lieu statutairement vide, à la différence de la monarchie. On l’occupe temporairement, par élection. Appliqué à la réflexion sur l’être de l’Église, il est possible de dire que le Christ est la tête de l’Eglise. Il est le seul à remplir le pouvoir comme lieu plein. Les évêques et les prêtres qui constituent le ministère ordonné ne sont que dépositaires d’un pouvoir au service du peuple de Dieu. Ce ne sont pas, dans le christianisme, des personnages sacrés (comme cela est le cas dans les religions païennes) mais des ministres – des serviteurs – de la communauté. Leur mode de vie peut évoluer. Ils doivent pouvoir être célibataires ou mariés, exerçant une profession dans la société ou pas. Le mode de vie ne change pas la définition théologique de ce qu’est un prêtre.

Espérons que ces quelques réflexions pourront contribuer à la vitalité de l’Eglise qui a besoin de revenir à la réflexion théologique en utilisant la sociologie.

Jacques Rollet

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