Où l’on reparle de la laïcité

Le nouveau livre du politologue Laurent Bouvet : La nouvelle question laïque (Flammarion, 2019) a pour sous-titre : Choisir la République. L’auteur est co-fondateur du Printemps républicain, mouvement qui milite pour une laïcité  » à la française  » dont nous allons préciser le contenu. L’ouvrage mérite d’être discuté car il cantonne les religions dans la sphère privée, et ne fait aucune distinction entre elles quant à leur acceptation de la sécularisation. Il met le christianisme et l’islam sur le même plan, alors même que les problèmes qu’il soulève concernent spécifiquement l’islam.

1) Que dit L. Bouvet ?

Citons quelques affirmations de l’auteur pour  présenter sa problématique :  » Le fait que le processus de laïcisation soit le fait de l’Etat lui-même […] a conféré à la laïcité à la française une irréductible spécificité philosophico-juridique : celle d’un processus public et non civil ; celle d’une liberté qui est certes liée à l’individu, mais qui est d’abord et avant tout affaire de citoyenneté.  » (p. 160). Plus loin, Bouvet déclare que la laïcité fait partie de l’identité politique (p. 213), et à la page suivante il ajoute que la laïcité protège  l’individu de ses coreligionnaires ! Nous verrons plus loin qu’il distingue trois espaces : privé, public et civil, ce qui constitue une nouveauté dans le traitement du problème.

2) La sécularisation, clé de la question

Il est surprenant qu’un politologue comme Bouvet ne traite pas de la question centrale en sociologie, qui est celle de la sécularisation. Une explication possible réside sans doute dans le fait que le christianisme a été un facteur de sécularisation alors que l’islam la refuse. Selon la célèbre formule de Marcel Gauchet :  » Le christianisme est la religion de la sortie de la religion  ». En termes simples et ramassés, disons que la sécularisation est le fait qu’on peut pratiquer l’activité scientifique sans faire appel à Dieu, que l’Église et l’État sont séparés selon la formule de Matthieu :  » Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » (Mt 22,21). La religion ne régente plus la société. Tel est l’acquis du processus de sécularisation. Le christianisme a été un facteur de sécularisation en séparant les pouvoirs, politique et religieux, et en fondant la dignité de la personne humaine, garant de sa liberté individuelle. Bouvet passe tout cela sous silence car il ne veut pas distinguer la figure du christianisme de celle de l’islam.

3) L’apport de la sociologie

Les partisans de ce qu’ils appellent la  » laïcité à la française  », parmi lesquels on trouve l’ensemble de la classe médiatique (surtout les journalistes), déclarent que la religion est de l’ordre de la vie privée. Ils n’ont pas lu Émile Durkheim, auteur laïque et républicain pour qui la religion était un phénomène public, puisqu’elle constitue en communauté visible ses membres et qu’elle les rassemble dans des lieux de culte, – l’église pour les catholiques étant généralement au centre du village – . Comme phénomène privé, on fait mieux !

Laurent Bouvet, sans doute conscient du problème posé par ses convictions, décide de distinguer l’espace public et l’espace civil, ce dernier étant sociologiquement public mais politiquement privé ! Jürgen Habermas, grand spécialiste de la notion d’espace public, ne distingue pas les deux. Il est évident que l’espace qu’on appelle : public, inclut la culture, la religion, le droit, les mœurs, la politique.

4) Le problème est celui de l’islam

Laurent Bouvet veut distinguer l’islam de l’islamisme pour lutter contre ce dernier tout en passant sous silence les problèmes que pose l’absence de sécularisation de l’islam en France. Allons au fond des choses grâce à la distinction entre le procédural et le substantiel. La loi de 2004 a interdit  les signes religieux à l’école, alors qu’il n’y a jamais eu de problème en ce qui concerne le christianisme et le judaïsme pour les questions vestimentaires. Luc Ferry a choisi le procédural : interdire tous les signes pour ne pas traiter le substantiel, c’est-à-dire le voile comme signe de l’infériorité de la femme selon le Coran.

Tout le reste est faux semblant . On a envie de dire au Printemps Républicain ;
 » Camarades, encore un effort !  ».

Jacques Rollet

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