Le contrôle du récit public ou la fin de la liberté de penser ?

Depuis quelques années, nous assistons dans nos démocraties à la volonté des gouvernants de contrôler la production et la diffusion de l’information afin d’avoir le monopole du récit public. Ce phénomène est renforcé par l’idéologie du « politiquement correct » qui entend disqualifier tout discours discordant ou divergent du récit officiel qu’il provienne aussi bien des politiques que des intellectuels. Si on n’y prend pas garde, une société que l’on peut qualifier « d’orwellienne » risque de se mettre en place en Occident, que l’on pourrait qualifier de « démocratie virtuelle », cent fois plus efficace que toutes les dictatures connues jusqu’à présent. Ce modèle de société ne saurait survivre longtemps. En effet on sait que toutes les sociétés qui ont cherché à contrôler l’information ainsi que l’opinion, ont connu à plus ou moins long terme un déclin intellectuel entrainant leur déclassement dans la compétition mondiale.

Le contrôle du récit public par le pouvoir exécutif et les médias

Un récent projet de loi dont l’objet est de lutter contre les « fake news » ou « fausses nouvelles » est en discussion au Parlement. Cette loi va définir quelles informations seront autorisées à circuler dans l’espace public lors des campagnes électorales, et ce sera à la justice de décider si l’information incriminée est vraie ou non. On construit ainsi un ennemi fictif qui fabriquerait des fausses informations dans le but de manipuler les électeurs. On instille insidieusement chez les citoyens une culture du soupçon ce qui risque d’accentuer les interprétations paranoïaques d’une grande partie de la population. Les médias vont jouer un rôle important dans ce dispositif en se transformant en organisme de « certification » des bonnes informations. Mais quid des opinions et des interprétations de faits ? Les frontières sont poreuses. On peut passer très vite au délit d’opinion.

Certains médias pratiquent déjà cette « censure » dans leurs émissions en ne présentant qu’un seul point de vue. Quand il leur arrive d’inviter un opposant c’est généralement pour le ridiculiser et le critiquer. Certaines rédactions de journaux télévisés ou de radios en oublient toute règle déontologique élémentaire au profit d’un combat idéologique.
Désormais, la bataille juridique risque fort de remplacer les débats d’idées lors d’une campagne électorale. En effet les juges seront chargés de vérifier la conformité des propos tenus avec l’idéologie imposée par l’État. La justice sera là pour condamner les propos « hérétiques ».

La disqualification des récits alternatifs

À terme nous allons assister à la création d’une « vérité d’État », qui fera l’objet d’un « catéchisme citoyen » inculqué tout au long du cursus scolaire de la maternelle à l’université. Il est d’ailleurs paradoxal de constater que plus le citoyen est éduqué, plus il devient une proie facile pour les médias. Les adultes « mal pensants » seront eux rééduqués en ayant recours à la fameuse « pédagogie ». En effet quand un citoyen ne vote pas bien ou exprime des opinions incorrects, c’est parce qu’il n’a pas compris. Pour le faire changer d’avis, il suffit de mettre en œuvre une pédagogie efficace. La Pédagogie remplace désormais la Politique. Les médias formatent chaque jour les citoyens à ce « catéchisme citoyen » à travers les journaux, les séries télévisées, les films dont l’objectif est de former la population à cette nouvelle idéologie. Cette bouillie médiatique évite au citoyen de penser par lui-même. Il n’est plus possible dans ce cadre d’émettre une idée différente, ou même d’avoir une opinion contraire à la doxa, sans être aussitôt condamné par la société et parfois même par la justice. La liberté d’expression est ainsi de plus en plus aussi menacée dans nos sociétés occidentales.

Les conséquences de l’idéologie post-nationale

La première conséquence de cette idéologie qui transcende les partis est d’empêcher tout débat démocratique et d’éviter toute confrontation d’idées pour les réduire à de vaines polémiques. Il ne s’agit plus d’argumenter, de raisonner mais de déconsidérer l’adversaire en le qualifiant de « fasciste » ou de « nazi » et de le rendre ainsi inaudible. Les politiques ou intellectuels qui ne sont pas dans la ligne sont stigmatisés puis marginalisés.

On assiste depuis quelques années à la volonté d’un contrôle idéologique du débat public qui va le stériliser complètement. Le citoyen pense qu’il est encore en démocratie puisqu’il a le choix par exemple entre une dizaine de candidats à des primaires, sauf que la majorité des candidats tiennent tous le même discours.

Cette idéologie, non seulement contrôle la vie politique mais aussi, la production intellectuelle en instaurant une culture inquisitoriale au sein des universités. L’universitaire ou le chercheur qui s’éloignera de l’idéologie dominante, sera mis à l’Index et s’il persiste dans sa « déviance », sera marginalisé et dans certains cas rejeté par l’institution. Les éditeurs et les revues lui fermeront leurs portes. Le « politiquement correct » va stériliser à terme toute recherche scientifique notamment dans les sciences humaines. On assiste à un phénomène identique dans les arts puisque dans les musées, les titres « choquants » de certains tableaux sont modifiés (cf. la polémique concernant le tableau « Le Verrou » de Fragonard), des passages de romans sont réécris en novlangue ; il en est de même pour les pièces de théâtre dont certains passages sont coupés ou modifiés. On ne sait où la folie de cette nouvelle idéologie s’arrêtera.

La liberté de penser a été à la base du dynamisme et de l’expansion de la société occidentale. Si la restriction de cette liberté perdure, elle risque de provoquer son incapacité d’innover et de penser le monde. Ce scénario serait un suicide pour notre société.

Patrice Buffotot

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