Sentiment humanitaire et responsabilité politique

L’affaire de l’Aquarius, ce navire transportant 629 africains, fait l’objet depuis plus d’une semaine de commentaires multiquotidiens de tous les média qui suscitent le sentiment d’indignation à l’égard de Matteo Salvini et du gouvernement italien. Je n’ai pas entendu par contre, d’indignation à l’égard des « passeurs » qui font payer ces personnes. Les représentants de l’ONG « SOS Méditerranée » n’en parlent pas davantage alors qu’ils font leur jeu. Tout cela demande une réflexion sur ce qu’est la gestion politique de la migration, qui ne peut se réduire au sentiment humanitaire qui tend à se confondre avec une vision  primaire de la charité chez les chrétiens bien pensants « nouveau style ».

1) La notion d’accueil occupe aujourd’hui tout l’espace de la « réflexion » si l’on peut employer ce mot pour le cas qui nous occupe. Nous sommes en présence de ce que le philosophe Vincent Descombes, dans son texte de référence « Le raisonnement de l’ours »
(voir le livre qui porte ce titre paru aux éditions du Seuil), appelle: comportement fanatique ou monomaniaque. Il fait référence à la fable de La Fontaine: L’ours et l’amateur de jardins. L’ours qui veut protéger un vieillard à l’égard des mouches prend une pierre énorme et tue l’homme en même temps que la mouche. Il y a eu erreur en matière d’agir. La disproportion s’avère mortelle! De même, le sentiment humanitaire représente l’énorme pierre de l’émotion qui tue toute réflexion possible sur ce qu’est la responsabilité politique. La conviction fait ici obstacle à la responsabilité comme l’avaient dit Weber et Aron.

2) Le pouvoir politique est institué pour gouverner une nation dans les limites d’un territoire. Il est, en démocratie, responsable devant ses concitoyens. Or ceux-ci, dans de nombreux pays de l’Union européenne, demandent davantage de fermeté à l’égard de l’afflux de migrants qui pour la plupart d’entre eux ne relèvent pas du droit d’asile. Ce sont, pour la France et l’Italie, essentiellement des Africains qui ne sont pas menacés chez eux sauf les Érythréens et les Soudanais. Quand on sait qu’il y aura deux milliards d’africains dans trente ans, on peut se demander si certains ont la moindre capacité d’anticipation. Ce sont d’ailleurs les mêmes qui s’indignent de la monté de l’Extrême-Droite en Europe. Tout mouvement politique avec qui ils sont en désaccord est nommé par eux : Extrême-Droite. C’est aussi aberrant que de parler à tout propos d’ultra libéralisme en France alors qu’il n’y a pas un seul parti libéral en France.

3) Il ne faut pas confondre pitié et charité, ni charité et justice. La pitié est un sentiment. Elle relève de l’émotion qui demande à être prolongée par la réflexion et la charité qui est la démarche d’amour théologal à l’égard de l’autre, demande à être régulée par la justice dans le domaine de la gestion de la cité. La justice consiste à rendre à chacun ce qui lui est dû. Il faut rendre au citoyen ce qui lui est dû, c’est-à-dire une gestion responsable  de ceux qui ne le sont pas, à savoir les étrangers. Il faut accueillir ceux qui sont persécutés et travailler au développement économique de l’Afrique en n’oubliant pas de sanctionner les chefs d’Etats qui détournent à leur profit l’argent public !

4° Tout cela devrait susciter le réflexion des catholiques qui au nom des bons sentiments sont en train de devenir la partie croyante des « bobos »  et on aimerait qu’une certaine presse officiellement catholique ne les encourage pas!

Jacques Rollet

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