Oui, la démocratie a besoin de héros

J’intitule ainsi cet article parce que j’ai entendu ces jours-ci des mises en cause de l’héroïsme. Ainsi le philosophe Michael Foessel (professeur à Polytechnique!) membre du Conseil de rédaction de la revue Esprit (j’y reviendrai) a estimé le jour de Pâques, sur France Inter, que la démocratie n’avait pas besoin de héros politiques, que c’était même contraire à l’ethos démocratique. Il faut se demander comment nous en sommes arrivés là et je le ferai en trois temps : 1) L’état social démocratique cultive le relativisme, 2) Il développe l’égalitarisme, 3) Il corrode l’engagement pour les valeurs et donc le politique et la moralité publique. Le colonel Beltrame nous invite dans son sacrifice qualifié par Alain Finkielkraut « d’acte de sainteté », à revoir de façon critique la situation actuelle des mentalités qui se veulent intellectuellement évoluées !

1° le relativisme dans « l’état social démocratique »

C’est évidemment Alexis de Tocqueville qui nous éclaire de façon définitive sur les mentalités dans ce qu’il nomme « L’état social démocratique » . La lecture des deux tomes de De la démocratie en Amérique (voir mon Tocqueville, Montchrestien, 1998) nous enseigne que la démocratie est fondée sur l’égalité des conditions. Il en résulte pour notre propos que chaque individu est conduit à déclarer : « Puisque nous sommes égaux, ce que je pense vaut bien ce que vous pensez ».  On est ainsi conduit à en tirer la conclusion suivante : il n’y pas de vérité qui s’impose en démocratie. On peut dire : « C’est mon choix » pour reprendre le titre d’une ancienne émission de France 3 ! L’héroïsme en est réduit à être un choix personnel sans plus. C’est ce qu’on peut vérifier dans les propos du philosophe évoqué ci-dessus.

2° L’égalitarisme triomphe

Puisque nous sommes tous égaux, personne ne doit surnager. Aucune tête ne doit dépasser . Il faut briser toute hiérarchie en termes de valeur et de comportements. Seule compte la dictature de la majorité. Si la majorité est médiocre, l’ensemble le sera. Un tel état social n’a effectivement pas besoin de héros. Le héros est gênant car il rappelle à chacun ses lâchetés et compromissions. Ainsi il ne faudrait pas dénoncer les ravages mortifères de l’islam politique et du salafisme pour ne pas indisposer les musulmans. Que l’on songe aux déclarations d’un ministre du gouvernement s’opposant au manifeste d’un centaine d’intellectuels. On met ainsi sur le même plan celui qui donne sa vie pour en sauver une autre, et celui qui meurt en tuant les autres .

3° La destruction du politique

La démocratie ne peut durer sans transcendance! C’est là encore ce que nous indique Tocqueville quand il montre que le christianisme est nécessaire à la démocratie en Amérique et en France car il permet de voir plus haut et plus loin. Il donne au politique la vocation du Bien commun.

En terminant l’énoncé de ces quelques remarques, qu’il nous soit permis de revenir un instant sur la revue Esprit. On peut légitimement se demander si Emmanuel Mounier, ce saint laïque aurait pris dans son conseil de rédaction un apôtre du relativisme le plus plat…

Jacques Rollet

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