Le nouveau gouvernement : recomposition ou décomposition ?

Depuis l’élection d’Emmanuel Macron et l’annonce de la composition du gouvernement d’Édouard Philippe, je suis saisi d’une perplexité que l’enthousiasme des journalistes ne parvient pas à dissiper. On nous parle d’une recomposition de la vie politique.

J’y vois plutôt l’amorce d’une vaste décomposition, accompagné d’une perte des repères qui permettent habituellement d’analyser les forces en présence.

Le signe le plus évident en est la nomination du Premier Ministre. Édouard Philippe membre du parti Les Républicains, va diriger la campagne des élections législatives en invitant les électeurs à voter contre son parti pour privilégier La République En Marche.

Il y a là de la part d’Emmanuel Macron un machiavélisme qu’aurait totalement désapprouvé Paul Ricoeur dont il se réclame et dont j’ai été l’étudiant (j’ai fréquenté à cette occasion « Les murs blancs » – la demeure où il résidait – à Châtenay-Malabry ). La rigueur protestante du grand philosophe se serait difficilement accommodée de cette volonté de dérouter l’électeur.

Plusieurs problèmes se posent à partir de ce constat :

1) Si le but recherché est de rassembler les Français en les éloignant des extrêmes, le résultat risque d’être catastrophique ; le Front national et le Front de Gauche ne peuvent que dénoncer ce mélange de Gauche, du Centre et de la Droite que représente ce gouvernement. Lutter contre les extrêmes suppose une cohérence sans faille.
On peut s’étonner des revirements successifs de Bruno Le Maire, de celui d’Édouard Philippe qui critiquait il y a peu le nouveau président dans ses chroniques de Libération. Quant au sarkozyste Gérald Darmanin, on se demande ce qu’il vient faire dans un ministère pour lequel il n’a aucune compétence particulière.

2) La place que tiennent les énarques (Macron, Philippe, Le Maire, le secrétaire général de l’Elysée et quelques autres (dont Sylvie Goulard), nous incline à penser que la délibération démocratique chère à Jürgen Habermas va être remplacée par l’analyse technocratique, que le sociologue allemand dénonçait déjà dans son livre La technique et la science comme idéologie. Si le renouveau consiste à écouter les « experts », cela risque de tourner court…

3) J’ai testé auprès d’électeurs du nouveau président le contenu de son programme. J’ai constaté qu’ils ne pouvaient pas m’en donner la moindre bribe. Il est clair qu’on a assisté à un vote d’opportunité pour éviter le succès de Marine Le Pen. Voter contre, ne construit jamais rien ; on va le vérifier à mon avis très rapidement.

4) En matière de programme, il faut constater que le problème de la dette (2200 milliards d’Euros) n’est pas abordé alors que c’était la priorité de François Fillon. L’augmentation de la CSG va toucher tous les Français alors que l’augmentation de la TVA ne touche que les achats effectués selon les choix de chacun. La suppression de la taxe d’habitation pour 80% des ménages va devoir être remplacée par des prélèvements qui seront peut-être plus importants que la taxe elle-même.

5) Le libéralisme culturel va continuer à se développer : Édouard Philippe s’est abstenu lors du vote sur le mariage homosexuel (idem pour Bruno Le Maire) et Emmanuel Macron veut mettre en place la PMA pour toutes les femmes qui le désirent.

Le seul projet cohérent était celui de François Fillon. On n’a pas fini de le regretter…

Jacques Rollet

 

 

 

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